Des BosMetals

par christian

Fabrication des "Bosmétal"
Les Bosmétal. Sculptures sur fer. Le chemin de la création.

Dans les pays pauvres, on possède l’art de la récupération. Chacun connaît ces gros bidons de fuel fabriqués en Amérique, qui servent quelques fois de container d’eau, de réchauds à charbon, de poubelles, ou autres utilisations. A Haïti, ces barils sont appelés « Dwoums ».

A Haïti, ils fournissent la matière de base aux « Bosmétal », ces artistes qui sculptent dans le fer ces belles et mystérieuses figures qui deviennent des œuvres d’art.

Le centre de l’art des « Bosmétal » (ou forgerons d’art) est une bourgade à l’est de Port au Prince, dans la plaine du « Cul de Sac ». Quelques autres lieux existent, un peu moins renommés.

A la Croix des Bouquets, près d’une ancienne grande propriété (appelée « Habitation ») , se trouve le quartier de Noailles, et dans une partie de ce quartier, nommée « pièsanfè » plusieurs artisans d’art se livrent à leur étrange travail. Ces sculptures sont de véritables tableaux de métal ciselé.

Les dwoums sont achetés à Port au Prince. On charge les barils sur la toit des « Tap-tap » ( taxis collectifs) puis jusqu’aux ateliers, à tête d’homme ou sur de grosses charrettes tires par des hommes. Ces barils sont souvent rouillées ; salis par le fuel.

Découpage et façonnage des bidons en plaques.

La première opération consiste à enlever les couvercles du haut et du bas. Ensuite on l’ouvre sur toute sa hauteur pour en faire de grandes plaques de métal. Ils sont ensuite brûlés pour enlever la peinture les résidus de pétrole. Ensuite, ils sont aplatis ( nou plati li) le forgeron monte pieds et mains sur la plaque dont les extrémités ont été ouvertes au burin. Et de tout le poids de son corps il saute su la plaque, pour qu’elle devienne un rectangle grossier de tôle, de 1,80m de long.

Ensuite il faut le marteler sur une enclume. Le burin et le marteau sont à peu près les seuls outils utilisés. Cette opération rend le métal plus malléable, plus facile à travailler. La plaque est ensuite essuyée, nettoyée des ses résidus de peinture, rouille, pétrole brûlé.

Lavée, puis séchée, elle est prête pour l’opération suivante.

Le traçage des dessins. Le découpage de la tôle .

Il se fait à la craie. ( Nou desine desen qui ven a imajanasyon, desen ki fè nou plezi)

Certains dessins s’inspirent de la mythologie Vaudou, avec des figures appartenant quelquefois au christianisme, mais aussi des signes du Zodiaque, des éléments de nature, des personnages de la vie quotidienne, des tap-tap... C’est le patron qui trace.

Il donne ensuite la pièce à découper à un ouvrier. Ce travail est délicat. L’objet est ensuite limé pour en retirer les écailles, car la sculpture sera le plus souvent ajourée. Cette opération se fait par terre. On aplatit ensuite la pièce.

Finition

La dernière main au travail vient ensuite. C’est de nouveau un travail minutieux et long. Il faut bien aplatir la pièce. On utilise de nouveau l’enclume, qui est le plus souvent un gros élément de fer de récupération ( moteur de locomotive ou de camion). Il faut ensuite sculpter, ciseler les détails qui donneront relief et expression à l’œuvre.

Il faut ensuite donner à la pièce une courbure plus ou moins prononcée suivant la représentation. Car la sculpture n’est jamais vraiment plate, mais en relief. (Les artisans d’art travaillent accroupis ou assis à même le sol) . Il faut ensuite lisser le métal au papier de verre, avant de la vernir ou de le peindre. Certains de couleurs vives, plairont aux rares touristes, d’autres, plus élaborés, iront enrichir les collections des amateurs d’art. Il existe des Bosmétal célèbres, et de célèbres peintres se sont essayés à cet art.

Un atelier ne fait guère plus d’une pièce par jour lorsqu’il s’agit d’une sculpture élaborée. L’outillage est rudimentaire, mais l’habileté des hommes est étonnante.