Pour ouvrir cliquez.
Quelle armée pour Haïti ? : le ministère de la Défense ouvre trois jours d’assises
Le ministère de la défense a lancé, ce vendredi 21 août 2026, un forum de trois jours en vue de réfléchir sur les bases et orientations des nouvelles Forces armées d’Haïti (FAD’H).
Par Roobens Isma
21 août 2026
Comme annoncé depuis plusieurs semaines, le ministère de la Défense a lancé à l’hôtel Karibe un forum de trois jours autour du thème : « Quelle armée pour Haïti ? ». L’activité s’est déroulée en présence du premier ministre Alix Didier Fils-Aimé, d’une multitude de personnalités et de hauts commis de l’État, dont plusieurs ministres du gouvernement, d’anciens présidents, anciens premiers ministres et anciens parlementaires, du ministre de la Défense Mario Andrésol, des responsables de l’Université d’État d’Haïti (UEH), dont le recteur Dieuseul Prédélus, ainsi que de représentants du corps diplomatique.
À la base de cette question centrale sur le type d’armée qui conviendrait à Haïti, un objectif précis est poursuivi par les instigateurs de l’événement : réaliser des assises avec les différentes forces vives de la nation afin d’aboutir à des Forces armées d’Haïti modernes, professionnelles, en rupture avec les pratiques du passé et capables de répondre aux besoins de l’heure du pays en matière de sécurité, de défendre la souveraineté du pays et de restaurer l’autorité de l’État, ce, dans le strict respect des prérogatives qui leur sont constitutionnellement attribuées.
« Il ne s’agit pas de lancer une simple rencontre publique entre experts, mais d’ouvrir solennellement les assises de la défense et de la sécurité nationales en présence des forces vives du pays », a déclaré le ministre de la Défense, Mario Andrésol. « Quelle armée pour Haïti ? Ce n’est pas une simple formule, mais un choix assumé, une interrogation posée à la nation sans détour, sans faux-semblant, avec la gravité et la lucidité qu’elle exige », a-t-il poursuivi.
L’heure semble être à la reconstruction de l’armée. À écouter les intervenants, l’on comprend que l’intention est de recréer les fondements de ces forces armées dont la remobilisation a été décrétée dès 2017, sous la présidence de Jovenel Moïse. Et cette nouvelle armée, son commandant en chef la veut différente de celle qu’a connue Haïti jusque-là. « Nous rebâtissons une armée professionnelle, moderne et disciplinée, dotée d’équipements adaptés […] Une armée exemplaire, soumise aux lois de la République et garante des droits fondamentaux de chaque citoyen », a déclaré le lieutenant général Derby Guerrier.
L’initiative est présentée par le Premier ministre comme une initiative structurante pour l’armée, qu’il qualifie même de « refondation ». « La refondation des Forces armées d’Haïti doit s’inscrire dans une vision plus vaste : celle de la sécurité nationale et du rétablissement durable de l’autorité de l’État sur l’ensemble du territoire », lance M. Fils-Aimé. Et pour le chef du gouvernement, la question du type de forces armées que doit avoir le pays est toute trouvée. Selon lui, Haïti a besoin, pour son « relèvement », d’une armée « forte, moderne, professionnelle et républicaine ».
Une nouvelle armée en rupture avec ses démons du passé
Les Forces armées d’Haïti, démobilisées en 1994 sous le premier mandat de Jean-Bertrand Aristide, ne sont pas restées dans les esprits que pour de bonnes raisons. L’évocation de cette institution républicaine, chargée de garantir la défense, l’intégrité du territoire et de la sauvegarde de la souveraineté du pays, rappelle souvent les coups d’État, parfois sanglants, qui ont émaillé son histoire au cours de ses deux siècles d’existence. Une pratique avec laquelle les responsables actuels veulent désormais rompre.
Et cette rupture, le ministre de la Défense ne va pas par quatre chemins pour l’évoquer. Sur un ton ferme, ou pour le moins empreint d’autorité, il a tenu à rappeler que « les Forces armées ne font pas de la politique. Les Forces armées n’ont pas de camp. Leur mission n’est pas de faire ou de défaire les présidents. C’est une force constituée pour défendre le pays, participer au maintien de la sécurité uniquement lorsque les autorités civiles le jugent nécessaire ». Une déclaration forte qui suscite l’ovation de l’assistance, signe d’un engagement en rupture avec les pratiques qui ont terni l’image de cette institution républicaine.
Un premier panel pour poser les bases de la réflexion sur les futures forces armées
Le panel de la première journée du forum a réuni le professeur Eugène Pierre Louis, doyen de la FDSE, le ministre de la Culture et de la Communication (MCC), Emmanuel Ménard, la ministre à la Condition féminine et aux Droits des femmes (MCFDF), Pédrica Saint-Jean, et l’écrivain et essayiste Pierre Raymond Dumas. La modération a été assurée par le chef de cabinet a.i. du ministre de la Défense, Paulson Pierre Philippe, qui remplace provisoirement à ce poste le professeur James Boyard, kidnappé depuis le 11 juin dernier.
Le premier intervenant du jour, Pierre Raymond Dumas, a souligné l’importance d’une armée en tant que pilier fondamental de l’une des missions régaliennes de l’État : la défense du territoire, tout en se focalisant sur la nécessité d’une feuille de route appropriée pour cette remobilisation de l’armée. De son côté, le professeur Pierre Louis, intervenant sur la relation pas toujours harmonieuse entre l’armée et la démocratie en Haïti, a plaidé pour une armée professionnelle, avec des militaires « de métier », qui ne répondent pas à des idéaux politiques, mais au respect des principes républicains qui guident sa mission.
La ministre Saint-Jean a plaidé pour l’intégration des femmes dans l’armée, non, selon elle, dans une logique de respect d’un quota, mais sur la base du mérite. La position de la ministre s’inscrit dans un objectif bien précis : donner aux femmes et aux hommes les mêmes chances de servir leur pays au sein de l’institution, avec des exigences qui sont les mêmes pour tous. Tandis que le titulaire du MCC a dressé le portrait des forces armées dans l’imaginaire haïtien.
Un atelier de travail pour clore la journée
La première journée du forum s’est achevée avec l’organisation d’un atelier de travail réunissant plusieurs groupes constitués au cours de l’événement, ainsi qu’avec la restitution des travaux par ces différents groupes. Deux autres journées sont prévues les 22 et 23 août 2026, avec notamment des interventions, entre autres, sur les menaces intérieures à la stabilité de l’État et les menaces extérieures à la souveraineté de l’État, qui seront présentées respectivement par le commandant en chef de l’armée, Derby Guerrier, et par l’expert en gouvernance Pierre Antoine Louis au cours de la deuxième journée.
Mise au point de l’Ambassadeur du Canada sur l’arrivée des forces anti-gangs.
Pour lire cliquez sur le lien.