TPS : Ce que doivent savoir les Haïtiens qui veulent rentrer au Canada
Face à l’intérêt grandissant des anciens bénéficiaires du TPS pour le Canada, Me Claude Junior Charles explique les mécanismes d’immigration vers ce pays et met en garde contre les erreurs à éviter.
Roobens Isma
04 août
Avec la fin du statut de protection temporaire (TPS) pour les Haïtiens, certains commencent à se tourner vers d’autres pays des Amériques, notamment le Canada, voisin septentrional des États-Unis. À l’émission Panel Magik du lundi 4 août 2026, l’avocat spécialisé en immigration Claude Junior Charles est revenu sur les différents programmes d’immigration qui s’offrent aux Haïtiens désireux de s’établir dans ce pays d’Amérique du Nord, qui abrite déjà une importante communauté haïtienne.
« Il existe plusieurs statuts qu’un étranger peut avoir au Canada », explique Me Charles. Parmi eux, il cite celui de visiteur, qu’il présente comme « l’option la plus simple ». « Si quelqu’un désire se rendre au Canada, il peut faire une demande de visa, à condition d’avoir reçu une invitation à une activité nécessitant l’obtention d’un visa », précise l’avocat, qui évoque également les visas de travail et les permis d’études comme autres voies d’accès au territoire canadien.
Mais ces statuts ne semblent pas être les plus appropriés pour les ressortissants haïtiens, dont la plupart ont quitté leur pays pour des raisons économiques, souvent sans intention d’y revenir dans un avenir proche. L’Entrée express apparaît davantage adaptée à ces candidats à l’immigration permanente. « L’Entrée express n’est pas un programme. C’est un système de gestion des demandes d’immigration permanente mis en place par le gouvernement fédéral », précise Claude Junior Charles.
Parmi les possibilités offertes, Me Charles cite notamment le regroupement familial, qui facilite l’entrée au Canada des personnes ayant un membre de leur famille – père, mère, tante, oncle, entre autres – citoyen canadien, résident permanent ou personne protégée. « Une personne bénéficiaire du TPS, pourvu qu’elle ait un membre de sa famille au Canada, peut en bénéficier relativement facilement », souligne l’homme de loi. Une personne ayant présenté une demande d’asile aux États-Unis peut également tenter de se rendre au Canada. Le cas échéant, elle pourra être soumise à un examen des risques avant renvoi (ERAR), si elle remplit les conditions requises.
Plusieurs autres volets sont également proposés dans le cadre de l’Entrée express, notamment le Programme fédéral des métiers spécialisés, destiné aux travailleurs de secteurs comme la construction, le transport ou la fabrication, ainsi que la Catégorie de l’expérience canadienne, ouverte aux personnes ayant travaillé au Canada pendant au moins une année au cours des trois dernières années. À cela s’ajoute le Programme fédéral des travailleurs qualifiés, qui permet également d’accéder à la résidence permanente.
Mais tenter de rejoindre le Canada n’est pas sans risque. Une personne qui essaie d’entrer sur le territoire canadien au titre du regroupement familial sans remplir les conditions requises « sera refoulée vers le territoire américain et fera l’objet d’une mesure d’exclusion qui l’empêchera de revenir au Canada pendant un an ou cinq ans, selon la situation », prévient Me Charles.
L’avocat conseille également aux ressortissants haïtiens qui envisagent de se rendre au Canada de s’assurer qu’ils disposent de tous les documents attestant leur lien de parenté avec la personne qui les accueille : actes de naissance des personnes concernées, preuve du statut légal de la personne résidant au Canada et, au besoin, un arbre généalogique. « Puisqu’il s’agit d’un membre de votre famille, il y a des informations que vous devriez connaître sur cette personne. » Des photographies prises ensemble, des échanges de messages ou encore des preuves de transferts d’argent peuvent également être utiles. « Lorsque vous arrivez à la frontière, il faut disposer du plus grand nombre possible de preuves pour établir le lien de parenté. »
L’avocat a tenu à rappeler que l’entrée sur le territoire canadien ne fait pas automatiquement d’un immigrant un demandeur d’asile. « La demande d’asile doit être formulée à la frontière », précise-t-il, tout en recommandant vivement aux demandeurs de se faire assister par un avocat. Car, si les procédures et les informations sont publiques, certaines démarches requièrent « un haut niveau de technicité », notamment en ce qui concerne l’établissement de la crédibilité du récit du demandeur d’asile, un exercice pour lequel l’accompagnement d’un professionnel du droit peut s’avérer déterminant.
